36ème séance. 26.05.25. Le Bien Public.
La Nature, c’est trop « stylée »
Idéalement, en démocratie, la biodiversité, et l’espace public dans lequel la faune et la flore vivent, constituent une richesse « commune », on parle alors d'un "Bien Public".
C'est une véritable fortune que l’on partage, qui n’appartient à personne mais à tout le monde. Sa protection et sa sauvegarde passent forcément alors par un processus démocratique, un engagement écocitoyen, par des prises de décision et des actions menées en commun.
Le papillon, la libellule, la taon comme la mésange, constituent ce bien qui appartient au peuple souverain, c’est à dire à nous tous. Un «Res Publica» en Latin, ce qui signifie généralement « Affaire Publique », ce qui donne le mot « République », en français.
Ainsi, la "République Française", c’est l’ensemble du patrimoine, de nos richesses partagées.*
A commencer par le suffrage universel, c’est à dire le droit de vote de chacun et chacune.
Après avoir installé Lundi nos deux derniers nichoirs assemblés en classe, nous avons tenu un rapide conseil d’élèves en plein air. Pour discuter, échanger, voter sur les projets menés cette année scolaire sur notre Aire Terrestre Éducative.
Quel projet a le plus séduit ? Les nichoirs ? La plantation participative ? L’ensemble ?
Les élèves disent majoritairement avoir aimé les deux projets… MAIS, ils auraient souhaité d’avantage de cours en classe sur l’histoire naturelle, la biologie des oiseaux. A noter !
Ils souhaitent aussi installer autant de gîtes pour chauves-souris que pour les mésanges. Et des maisons pour insectes. A bon entendeur !
Je leur rappelle que l’année n’est pas finie. Il reste encore deux séances pour s’attaquer à l’inventaire des insectes. Et à leur participation au projet SPIPOL du Muséum National d’Histoire Naturelle, sur les insectes pollinisateurs, projet voté en début d’année.
C’est à ce moment là que je sors les filets de papillon, que je réserve habituellement pour les collégiens. Je me dis que là, les élèves sont prêts.
Ils le sont. Une fois la démonstration faite sur l’utilisation du filet, les élèves courent dans tous les sens dans la grande prairie du Parc, pour attraper papillons, libellules, bourdons, araignées. Ça crie, ça s’excite, ça s’émeut. Et même si ça se bouscule et que se chamaille encore un peu, la tendance est plutôt à la joie désinhibée, et collective.
Regardez !
On attrape et on décrit l'éphippigère, sorte de grosse sauterelle
Les élèves maîtrisent rapidement la technique du filet, parviennent à attraper, décrire (nombre d’ailes, de pattes, de couleurs, le "design"...) et donc à identifier les spécimens à l’aide du livre.
Et surtout, ils y trouvent du plaisir. Wesh.
La nature et son étude, peuvent aussi être ce truc « trop bien », « stylé », « cool », « tendance ».
Voyez par vous-mêmes:
Pour certains philosophes, l’étude de la nature serait source de plaisir car elle réveillerait nos instincts millénaires de chasseurs-cueilleurs, nous mettant en phase avec notre ancestralité commune. Un gamin qui chasse une libellule au filet en hurlant de joie, le prouve facilement.
La traque, la quête, c’est « du kif ».
Pour d’autres scientifiques, notamment chez les neurologues qui étudient le cerveau humain, l’étude du vivant satisferait notre obsession pour la classification du réel, du rangement des espèces en catégories, en listes, en familles, en espèces, en choses « nommées ».
L’Objectif : mettre de l’ordre dans la nature pour mieux comprendre notre place dedans.
Exemple :
Pour d’autres encore, je pense notamment aux sociologues, étudier la nature revient à acquérir du savoir, car plus on sait des choses, plus on épate notre entourage, plus on la côte chez les copains. La connaissance, cela peut valoriser, donner une confiance en soi, donc un certain aura - et du statut social!
Je termine sur une note (trop?) personnelle. Il y a cinquante ans, quand j’avais l'âge de ces élèves, le monde au quotidien me semblait beaucoup moins inclusif et intégré qu’il ne l’est aujourd’hui. Les années 1970 me semblaient beaucoup plus sexiste et xénophobe. A l’époque, par exemple, si t’aimais la nature en tant que garçon, ce n’était pas le top socialement dans la cour de récrée. Tu te faisais plutôt harcelé qu’autre chose, traité de « fille ». La nature et sa protection étaient associés au féminin, sans doute une catégorie à dominer.
Les "vrais" hommes de l'époque chassaient, construisaient des usines, des missiles, et rêvaient de voitures de sport.
Je suis donc ravi de voir que ce projet, porté par l’OFB, le Département de Seine Saint Denis, Samira Bellil, et les donateurs et donatrices de la Trousse à Projets, puisse offrir un lieu sûr, un « safe space », à ces élèves qui, déjà il me semble, se métamorphosent peu à peu en éco-citoyens, défenseurs du vivant.
Des gamins « cool » - parce qu’ils aiment une nature trop « cool ».
A bientôt pour la prochaine séance !
David Rosane
Référent
Anax Parthénope, ou "Napolitain"
*Pour ceux et celles qui veulent, je songe aux parents et adultes ci-présents, un article intéressant sur la qualification du vivant en "bien public" - ou non: https://www.actu-juridique.fr/administratif/du-bien-public-aux-biens-dutilite-collective-quelle-qualification-pour-les-biens-environnementaux/











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