21ème séance: 7.03.24. La Plantation participative !

L'effet Papillon

Histoire d'une grande petite victoire pour les élèves 
après un long cheminement...

Ouais ! Ca a marché !

Souvenez vous, au tout début de notre aventure ensemble, un cours l'an dernier sur l'histoire du Parc de l'ile St Denis, où les élèves ont leur aire terrestre éducative (ATE). 

La tête qu'ils ont fait quand ils ont appris que leur parc, leur seul espace de nature dans le quartier, avait été construit sur d'anciennes décharges et remblais pour les déchets des grands travaux parisiens. 

Pouah ! Le sol y est pauvre, et poreux. Il ne retient pas la pluie et il est pauvre en nutriments. Stressés de surcroit par des années de sécheresse, les arbres du Parc se meurent. Et les techniciens les abattent. Que faire?

C'est toute l'idée d'une Aire Terrestre Educative : les enfants apprennent à identifier des problèmes et des enjeux, à proposer des solutions, à voter des projets, avant de passer à l'action. 

Nos élèves de Samira Bellil n'ont pas hésité une seconde, votant majoritairement pour une plantation d'essences locales pouvant résister aux intempéries et aux sols et pouvant donner beaucoup de fruits et/ou de graines pour la faune, les oiseaux et les rongeurs notamment.

Ils ont écrit et signé une lettre aux responsables des parcs du département de Seine St Denis pour leur demander l'autorisation de le faire. 

Suspense...

En moins d'un mois, Pia Faveli, Chargée d'études Natura 2000 de Seine St Denis, a répondu favorablement, et doublement, accompagnant son grand "OUI!" enthousiaste d'une donation d'arbustes (carrément!), et d'une animation sous forme de plantation participative (énorme!), qui a eu lieu le jeudi 7 Mars dernier, un après midi de grand soleil. 

Ouf !

Soit plus de 20 arbustes en tout, répartis sur 5 essences: des sorbiers, églantiers, fusains, néfliers et noisetiers - miam ! Pour 20 élèves : chaque enfant allait donc pouvoir planter SON arbre. 

Dans SON Parc. Dans SON aire éducative. 

La chance !

Anna, la pépiniériste était géniale, dans ses explications notamment (car un arbre, cela ne se plante pas "comme ça". Il faut de la technique, du métier, de la patience, de la générosité, une méthode - que les élèves ont très bien appris). 

Ne se servant pas seulement de leur têtes, mais de leurs muscles, de leur corps, se salissant les mains, replaçant délicatement leurs copains les vers de terre, déterrés un instant, au pied de chaque plantation.

Paillant et arrosant le tout!

Pia a assuré, forcément. Les trois jeunes employés du département Léo, Stéphane, Julia aussi. Tous sourires, car pour bien bosser avec des enfants, il faut savoir sourire autant qu'eux, j'en suis persuadé. 

Antoine, leur maître, et moi même. Plus de trois écogardes dont Ahmed Ouarti, leur chef. En somme, presque autant d'adultes étaient là "pour encadrer les gosses" que d'élèves. 

Et la Presse est venue ! Nawal Alide, du Journal officiel de la Commune...

Pour conclure:

Cette histoire, cette petite grande victoire pour les élèves, incarne TOUTE l'ambition des ATE, en ce sens que les Aires permettent un apprentissage simultané et empirique de :

1) la démocratie, 

2) la citoyenneté 

3) l'action écologiste

et de ce que je qualifierai "d'alphabétisation écologique" - ou comment les enfants s'initient au langage du vivant, c'est à dire aux grands mécanismes de la biosphère, pour mieux les déchiffrer: les chaines trophiques, la photosynthèse, la nature des sols, le cycle de l'eau... tout ce que l'on retient peu ou mal en SVT en classe mais qui dès l'école primaire, peuvent s'apprendre facilement dehors, sur le terrain, dans la joie et la pratique. 

Et sans la connaissance de quoi, nous ne pourrions jamais, adultes, voter et agir de façon réellement informé-es.

Autre chose: nous autres majeurs ou anciens, moi le premier, avons tendance du haut de notre piédestal, de lassitude et de problèmes ordinaires au quotidien, à ne pas "voir la forêt à travers les arbres", et à gravement sous-estimer, ou à prendre comme allant de soi, les petits gestes en pédagogie, qui peuvent changer le cours de l'Histoire.

Que récolteront ces élèves de cette plantation, dans leur parcours individuels et collectifs ? Que récoltera le Monde ?

Se posent-ils même la question ? Mesurent-ils seulement l'importance et l'impact potentiels de ce petit atelier ?

Des battements d'aile de Papillon en Amazonie, j'en ai vu. Et de grands orages aussi, des ouragans même. J'ai appris que les uns pouvaient facilement engendrer les autres, que cela est mathématiquement possible - selon les travaux d'Edward Lorenz et la fameuse "théorie du Chaos".

Idem ici, sur l'Ile St Denis. 

Et puis: qui qualifier de "héros" dans cette histoire? Les enfants? 

Ou les employés du Département ?

Peut-être faut-il simplement faire table rase de cette mythologie de "héros" pour simplement œuvrer ensemble. 

Pour citer les anciens de l'ethnie Hopi, peuples premiers nord américains: 

"Nous sommes ceux que nous attendions".


Photos (c) Anne Lisbet Tollänes


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