17ème Séance: 15.09.23. Vive la Rentrée !

 Une biosphère, une famille.

Compte rendu de notre atelier scientifique à la plage Thorez, située juste en amont de notre Aire Educative sur l'île St Denis (93)


Impossible pour moi de savoir si les élèves ont reconnu la chance qu’ils ont eu vendredi dernier lors de la première séance de cette nouvelle année scolaire en Aire Terrestre Éducative.

(Il faudra que je leur pose la question. Quand on est enfant on prend la vie comme elle vient, toute chose est naturelle en somme, comme allant de soi).

Seulement voilà, cette fois-ci sur invitation de la Mairie de l’île St Denis (île planté je le précise, au beau milieu du fleuve de la SEINE - et d'un océan urbain de bitume), les élèves ont pu participer, installés sur le rivage Sud de l'île, à un exceptionnel atelier d’exploration de l’étrange, avec le Capitaine Antoine Chaumeil, marinier animateur.


Le gars a une vie de génie: il sillonne la France, ses cours d’eau, de port en en port, avec son bateau et son matériel d’exploration scientifique, pour faire découvrir aux enfants ce qui vit et palpite dans l'eau que pourtant (en Ile St Denis) ils voient tous les jours de l'année...

Autrement dit, tous ces trésors nommés insectes et arthropodes aquatiques microscopiques, alias le « zooplancton », insoupçonné, ignoré du grand public, des eaux douces de nos milieux humides, des marais aux fleuves en passant par les mares et les étangs de France.

Des êtres vivants qui, avec les insectes terrestres, sont la fondation et le socle biologique de nos écosystèmes et de nos chaînes alimentaires, de la vie même.



(Souvenez-vous de ce que l’on a appris l’année dernière : sans êtres humains, la biosphère continue sa route. Sans les insectes, tout s’arrête, s’effondre, meurt. Et nous avec.)

Or ça serait dommage de perdre le Capitaine Antoine. Animateur né, au charisme solaire, mi Jacques Cousteau, avec un petit bonnet et le visage angulaire du marin ; mi Rambo, capable de se jeter littéralement dans la Seine (devant nous) pour réémerger, détrempé, ses longs cheveux aplatis au visage, mais victorieux, ayant récupéré les pièges posés là quelques jours plus tôt.

Sous les cris et applaudissements des élèves, cela va de soi.



La mission des enfants pour cette sortie en mode VIP : se répartir en 3 groupes, 3 ateliers, et faire comme de vrais scientifiques. Passer les pièges au peigne fin, avec un système d’eau et de tamis, pour en extraire de minuscules créatures à observer, détailler, dessiner et puis identifier, à l’aide de pincettes, de boites de pétri, de pipettes, de loupes, de microscopes, de feuilles et de crayons, de fiches et de clefs de détermination.

Tout un bazar, un attirail, de gestes et de techniques nouvelles apprises en deux heures à peine pour finalement se réjouir d’avoir découvert et nommé, autonomes, guidés par la main socratique du capitaine, d’étranges animaux somme toute assez cauchemardesques, dont ils ignoraient l’existence quelques heures plus tôt.

Des vers segmentés (annélides tubificides), des crevettes d’eau douce (Gammarus pulex), des larves de coléoptères hydraenidae... Au microscope : tout un bestiaire de merveilleux monstres aux allures d’Alien, suréquipés de pattes, de crochets, de mandibules et d’appendices en tout genre pour survivre dans l’horreur ordinaire des profondeurs aquatiques de la biosphère.



Les enfants ont besoin de frontières nouvelles, de paysages et de territoires qu’ils peuvent remplir de pensées, de connaissances et de rêves, de mondes imaginaires qui deviennent réels.

Je connais quelques adultes qui en en ont besoin aussi. Ils se nomment ornithologues, naturalistes, ichtyologues... et ils ne s’ennuient jamais un seul jour de leur existence.

Ce qui m’a frappé mais pas étonné était de voir le sérieux, le calme, l’apaisement et la concentration heureuse, qui a gagné des élèves autrement turbulents. Les cris d’horreur et les disputes ont laissé peu à peu la place à la sérénité et au cliquetis des neurones qui poussent, tous fiers comme deux papes de leurs dessins avec ça.

"Ca vous plait comme séance?", leur ai-je demandé.

"Oui !", d'une voix ferme, leur tête ne décrochant pas de leur travail.



Quelle fine équipe ! Antoine Guillermet, le professeur, donc, sa vingtaine d’élèves en double niveau CM1 et CM2*, moi en « guest », aidant l’une des trois équipes, le Capitaine Antoine et sa seconde.

Dans quelques semaines, nous nous réunirons pour la deuxième séance, le premier conseil des élèves, pour voter sur les enjeux et les actions et projets à mener cette année en Aire éducative. La leur borde la Seine - et son zooplancton.

Alors sera-t-il question de protéger les petites bêtes aquatiques, tout en bas de l’échelle, sans qui notre existence « en haut » serait condamnée?

Réponse au prochain épisode. Je profiterai bien d’ailleurs de cette nouvelle année scolaire pour leur apprendre que TOUTE la vie sur Terre a commencé d’abord là, en dessous, dans l’eau, avant de s’en émerger, pour conquérir la terre ferme. 

Et que nous partageons tous, avec ces « bêtes » aquatiques même, un lointain ancêtre commun.

Une biosphère, une famille...





*La moitié de la classe, les CM2, était présente l’année dernière pour le projet initial. J’ai pu travailler avec quelques uns de l’autre moitié, les CM1, lors du projet de l’école du dehors, qui était encore en place au Parc de l’Île Saint Denis, il y a deux ans, quand ces élèves étaient en CE1.



Le Parc de l'ile St Denis, et le spot de la sortie, la plage Thorez :





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