13 séance. Et le soleil il mange quoi ? 11.05.23
Une séance forte en philosophie
"- Mais à quoi ça sert la nature, monsieur ?
- A produire de l'oxygène, entre autres. C'est à dire l'air que tu respires.
- Hein ?
- Les plantes absorbent du CO2 et expirent l'oxygène dont les animaux ont besoin pour survivre. Et les plantes ont à leur tour besoin des insectes pour se reproduire et des oiseaux et des mammifères pour disperser leurs graines. Donc nous avons besoin de toute la nature pour respirer et vivre."
Tout a commencé très fort ce matin pour la 3eme séance. L'élève qui a posé cette question fondamentale dès le début du cours à 9 heures a aussitôt enchainé avec mieux:
"- Monsieur, si les araignées mangent les insectes, alors les insectes mangent quoi ?
- Du nectar, des feuilles.
- Et les feuilles mangent quoi ?
- Les feuilles "mangent" le soleil. Elles se servent de son énergie pour fabriquer et stocker des sucres. Ensuite, le lapin mange les feuilles et convertit le sucre en graisse. Le renard manger le lapin, etc. Cela s'appelle une chaine alimentaire.
- oui mais le soleil, il mange quoi alors ?"
J'ai répondu comme j'ai pu. Ce n'est pas si évident de décrire à des CM1 le fonctionnement d'une gigantesque centrale nucléaire perché haut dans le ciel où s'opère une fusion de la matière sous l'effet titanesque de la gravité...et dont la vie multicellulaire sur Terre se sert comme carburant pour fonctionner et s'épanouir depuis 600 millions d'années.
Sinon, aujourd'hui, après deux semaines de vacances pour la plupart devant la télé, leurs familles n'ayant pas forcément les moyens de partir en des lieux exotiques, les élèves ont du mal à se tenir en place. Ils courent, crient, parlent et ont beaucoup de mal à se concentrer (A part peut-être celle qui m'interroge depuis le début sur la nature profonde de l'existence, et qui est toujours très curieuse de tout).
Alors avec Antoine, leur maître, on s'adapte comme on peut.
D'abord, un petit travail sur le mouvement, avec des exemples cueillis en chemin....
Le message : la nature n'est jamais statique. Ni immobile ni figée. Elle bouge tout les temps. Les oiseaux migrateurs. La pluie qui vient de l'eau évaporée de l'océan. Les chauves souris et le hérisson qui volettent ou déambulent la nuit. Les plantes qui envoient leur graines aux quatre coins de l'horizon, soit avec l'aide du vent, soit en faisant du stop sur les fourrures des animaux avec leurs graines recouvertes de "scratch velcro", soit en produisant un fruit pour être mangés et transportés ailleurs dans le ventre d'un oiseau.
Morale de l'Histoire : Tout est en mouvement, tout le temps, nous sommes traversés de flux énergétiques, de cycles nutritionnels, d'échanges gazeux, entourés de migrations.
Même les escargots ! Lents peut-être au 100 mètres, les gastéropodes ont trouvé le moyen de coloniser toutes les îles du monde, même les plus lointaines du Pacifique, en s'accrochant (pour les tous petits) au plumage des oiseaux migrateurs.
Ensuite on sépare les élèves en deux équipes. Chaque équipe doit trouver au moins 5 fleurs différentes pour les ramener à la table, et pour les cataloguer en fonction de leurs couleurs. On s'arrête un moment pour goutter les fleurs sucrées des robiniers. Du nectar pour attirer les abeilles ! Pollinisation !
C'est le printemps, synonyme de reproduction. La nature doit se répliquer sinon elle meurt. Autour de nous, faune et flore sont en effusion. Plantes, oiseaux, insectes, cherchent à faire des petits.
Du coup on regarde les fleurs d'églantier, les plus simples à dessiner, à la loupe.
On détaille puis on dessine les pétales, les étamines et leur pollen (le "papa") et le pistil, où se niche l'ovaire et les œufs (la "maman"), que les abeilles aideront à féconder en transportant du pollen d'une fleur à l'autre.
Et ça tombe très bien pour les élèves, puisque c'est cette année qu'ils abordent le sujet de la reproduction ! Ils verront la partie théorique en classe avec Antoine (Un mâle, une femelle, des gamètes...un bébé).
Aujourd'hui, dehors, il ont pu toucher le phénomène avec leurs doigts, la sentir, et comprendre le processus de visu, non seulement avec leur cerveau, mais avec le reste de leur corps, en mouvement.
En sachant que la tête et le cerveau sont à priori attachés au reste, on peut en déduire avec certitude que pour apprendre quelque chose, un être humain ira plus vite lorsqu'il implique tout son être.
A la même élève du début de conclure la matinée décidemment haute en réflexion :
"- Monsieur, si les musulmans ont un Dieu, et les autres religions ont leur propre dieu, qui a raison? Est-ce que n'importe qui peut aller au paradis de l'autre quand il meurt ?
- Je ne sais pas, je ne crois en aucun.
- Mais Dieu existe ! J'en ai la preuve !
- Ah bon?
- Oui, ses mots sont écrits dans le Coran !
- Moi ma religion c'est la Nature.
- Quoi ?Vous priez à la nature ?
- Non, mais j'obéis à ses lois, comme nous tous. Et je lui rends hommage et reconnaissance en partageant tout ce que je sais avec un maximum de personnes, comme je fais ici aujourd'hui avec vous."
Je croise le doigts en espérant que les élèves aient appris au moins quelque chose.
Un des élèves me confirme que oui :
"Monsieur, j'ai appris que la nature, les feuilles des arbres produisent l'oxygène et que sans eux, l'on ne pourrait pas respirer."
Un petit pas pour l'enseignement, un grand bol d'air pour l'humanité.
ON a fini la séance en accrochant un deuxième nichoir à mésanges. Puis avec stupéfaction, avons constaté que l'arbre avait déjà un nid dedans. Un mètre plus haut, une ancienne loge de Pic, l'entrée comme par hasard en forme de cœur, et habitée par deux charbonnières qui faisaient l'aller retour avec des chenilles pour nourrir les petits.
La mésange mange la chenille qui mange les feuilles, et les feuilles mangent le soleil,
mais le soleil il mange qui ?

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