8ème séance : le Printemps, le vrai. 17.03.2023

Savoir reconnaître les premiers signes de cette saison 

de la renaissance


D'un côté la date officielle du début du Printemps "cosmique" , c'est à dire celle de l'équinoxe, du 20 au 21 Mars, lorsque la terre a accompli un quart de son orbite annuel autour du soleil et que les journées dans l'Hémisphère Nord continuent de s'allonger en conséquence, jusqu'à leur apogée le 21 juin, le jour le plus long. 

De l'autre, le printemps "biologique", saison ultime de la reproduction, lorsque la plupart des espèces animales et végétales de nos latitudes déclenchent un gigantesque arsenal biochimique et comportementale pour se répliquer sur le plan génétique, et perpétrer l'espèce. En un mot, pour faire des petits. Plein, plein de petits. 

Ce printemps là, ne requiert pas de date officielle, puisqu'il commence dès l'hiver avec les hiboux et les chouettes qui déjà se reproduisent. Puis viennent les premiers chants d'oiseaux, vers la fin janvier, premières annonces en musique d'une intention reproductive. Les premières éclosions d'insectes aussi, avec le bourdon, et les premiers papillons, timides et épars, aux premiers beaux jours de février, pour accompagner les premières floraisons : des crocus et des perce neiges, du noisetier puis des forsythia....

Arrivent ensuite les premiers oiseaux migrateurs dont l'hirondelle, la fauvette à tête noire, la gorgebleue, le pouillot véloce, à la mi-Mars, tandis que certains arbres bourgeonnent et fleurissent à peine comme les saules, les aulnes, les charmes... et que les mésanges bleues et charbonnières, oiseaux sédentaires, s'organisent déjà en couples férocement territoriaux, défendant leur lopin de terre, préparent leurs nids, s'accouplant et pondant leurs œufs avec verve et conviction.

Ce printemps là est un long déroulé de plusieurs mois, progressif, jusqu'au mois de juin lorsqu'arrivent enfin les tous derniers migrateurs, la bondrée apivore et la rousserolle verderolle. En ce printemps là, chaque jour amène une nouvelle surprise, une nouvelle apparition, un nouveau parfum ou vrombissement, une nouvelle naissance, jusqu'à un formidable carambolage de vie, une apothéose d'organismes naissants ou en pleine croissance. 

Oui, ce printemps là est une fête, un tsunami arc-en-ciel, un raz de marée pour les sens et l'intellect, une épopée dont il est fascinant et vital même de décrypter chaque paragraphe, chaque ligne, chaque évènement et niveau de lecture, d'en reconnaitre chaque signe, espèce et agissement dans ce grand théâtre de la vie qu'est la nature terrestre...

Pourquoi ? Mais afin de soupeser, reconnaître, comprendre, valoriser, et disons le franchement, aimer et vouloir protéger cette biosphère qui nous a vu naître, qui nous nourrit et nous fait (encore) respirer même. 

Le printemps est le meilleur cour de biologie ou de SVT au monde, de philosophie ou de politique même, autrement dit la plus belle leçon de vie qui soit. Ce n'est pas mon opinion, mais celle partagée par tous les naturalistes que je connais aux quatre coins du globe. 

Pour les élèves de CM1 de l'Aire éducative Samira Bellil, c'était vendredi l'occasion de humer, de détailler, de sentir, d'explorer, d'identifier, en musique et au soleil. Les vocalises de la mésange bleue et charbonnière, de la fauvette à tête noire aussi. 

La bleue fait "Tsi-tsi-drrrrrrrr" et la charbonnière dit "tou-tsi, tou-tsi, tou-tsi...."

"Comme la sirène des pompiers, monsieur !!!"

Apprendre par cœur les chants d'oiseaux. Pour en évaluer, en passant, très méthodiquement, la taille de leurs populations sur l'île, pour savoir aussi où installer les nichoirs fabriqués avec le maître, Antoine. 

L'occasion aussi de découvrir la floraison (à la loupe et en microscopique!) du cerisier et du pissenlit, de la pâquerette et des véroniques. Des choses toutes simples en somme, mais qui relèvent de milliards d'années d'évolution vers la complexité.

Parce que cultiver sa curiosité naturelle d'être humain, c'est bien. Et qu'assouvir sa soif naturelle d'être dehors, c'est encore mieux. L'école du dehors est une humanisation du système éducatif. C'est, je pense, un retour à la dignité. 

Au tout début de la séance, nous étions à l'affût dans l'attente d'une mésange bleue qui rôdait autour d'un ancien nichoir. Nous voulions savoir si elle allait encore s'en servir de ce nid ! De cette maison, de cette loge! Ou s'il fallait la remplacer avec l'un des nouveaux assemblés en cours ! 

De longues minutes d'attente. Toute la classe, alignée à quelques mètres, dans les gradins en somme, comme un public au cinéma, au théâtre, ou au stade. Puis la mésange se pose sur le devant du nichoir.  Les élèves d'une seule voix poussent un énorme soupir de suspense! 

"Ahhhh!?"

Puis la mésange s'enfonce soudain dans l'entrée et disparait dans l'intérieur du nichoir.

"OUAIIIIIIS !" Un énorme cri collectif explose de la bouche et des poumons des élèves, en liesse, jetant leurs petits bras levés vers le ciel ! On aurait dit le but d'égalisation de Mbappé à la finale de la coupe du monde. 

Comme quoi la nature nous offre (aussi) un réservoir irremplaçable de célébrations, de petites victoires au quotidien.

A bientôt pour la prochaine séance,





Photos de Benjamin JeanJean, Anne Lisbet Tollånes, et David Rosane

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