Deuxième séance : le lierre ! Jeudi 24 Novembre 2022

Voici le compte rendu sous forme de chronique assez littéraire, je l'avoue, de la séance du 24 Novembre (Hier). Photos de notre expédition ci-dessous. Le lierre, c'est une LIANE, une plante grimpante, d'une importance capitale pour les oiseaux du Parc. Y-en-at-il assez? Comptage et cartographie avec les élèves...qui ne connaissait pas cette espèce. Qui ne savaient pas l'identifier, et ignoraient tout de son importance pour l'équilibre de la forêt. Maintenant si, ils savant. Le lierre, le gui, c'est "plié". A la prochaine séance, on finira la cartographie de l'espèce, et on tentera d'identifier quelques oiseaux ensemble: merle noir, grive musiciennes ou draines, mésanges...
DIURNE Eclairer le monde avec du savoir. La terre, non, pour ça on a le soleil. Je parle du monde humain. Et par « éclairer », je fais bien allusion aux Lumières, et la mise en place à cette époque historique de la dite méthode scientifique, de la pensée rationnelle et objective, évoquée dans ma chronique d’hier soir, contrepoids (et antidote) de la pensée magique et autres obscurantismes. Ce matin j’ai donc continué de compter et de cartographier du lierre, comme hier soir aux Buttes-Chaumont, toujours au nom de la recherche mais aussi pour servir l’enseignement, avec « ma » classe de CM1, au parc de l’ILE St Denis, et cela dans le cadre du projet de l’Aire Éducative, sponsorisé par l’Office Française de la Biodiversité. C’était notre deuxième séance ensemble.
Chemin itinérant les élèves aujourd’hui se sont salis les mains et mouillés les baskettes, ils ont chacun emprunté un bâton au sous-bois pour déambuler « dans la forêt » tel une armée de druides. Ils ont crié et rigolé. Mais ils ont aussi appris à identifier et dessiner les fruits et les feuilles du lierre. Et tout d’abord ce qu’était une liane, pour commencer, car ils n’y avaient jamais réfléchi réellement auparavant. Ils en ont touché les feuilles épaisses, sempervirentes. La texture de l’écorce. Saisi l’epaisseur des plans de lierre les plus âgées, testés de leurs propres muscles la force avec laquelle jeunes et vieilles lianes s’accrochent à l’arbre hôte. Eh oui ! Impossibles à décrocher. Ils et elles ont appris à savoir quelles couleurs et texture permettaient de déterminer l’âge et la maturité des baies. Ils ont appris le verbe RAMPER et DISPERSER. Ils ont appris à pointer et enregistrer une géolocalisation sur google earth. Ils savent désormais que ces lianes et leurs baies nourrissent un monde, celui des oiseaux. Plus simplement, ils ont appris où exactement poussaient le lierre dans le Parc. Ce n’est pas anodin. Je suis prêt à parier mon dernier dollar qu’au bout de 10 séances, où chaque enseignement visera un aspect spécifique de l’écosystème, ses plantes, ses oiseaux, ses mammifères... les élèves auront acquis autant de perspectives nouvelles de leur territoire, par couches, par niveaux de lecture. Et que ce paysage sera d’autant plus réel pour eux, plus personnel aussi. Plus viscéral. Je sais de quoi je parle. Il y a une bonne quinzaine d’années je participais à une cartographie du territoire d’un peuple premier en Amazonie, aux fins fonds de la vallée Ventuari. Un simple invité, avec une machine, un gps. En deux semaines sur le terrain, parcourant avec eux le territoire qu’ils voulaient délimiter sur papier à des fins de souveraineté, deux semaines d’apprentissage commun, d’échanges, de fous rires, de sueur, de coups de machette, de bobos, de fatigue, d’identification de la faune et de la flore, pour quantifier et représenter des choses toutes simples comme le réseau hydraulique, la couverture végétale, les différents types d’écosystèmes, les affleurements rocheux, les noms des lieux, j’ai fini par connaître ce bout de terre mieux que mon propre chez moi. A force de lire ce paysage à tous ses niveaux de lecture, de l’intérioriser, de m’en imprégner, de m’y attacher et pour finir de m’y enraciner, j’ai fini par me sentir chez moi. Aujourd’hui ce bout de jungle et de savane nommée -et éclairée, en territoire Ye’kuana, me manque. J’en garde néanmoins un bout de lumière. Ce n’était pas chez moi, mais franchement mes terminaisons nerveuses et mon cerveau semblent encore certains que si. Le projet des Aires Éducatives sert largement à cela : Pour que ces jeunes élèves et futures citoyens électeurs sachent que ce parc et leur environnement c’est aussi un peu beaucoup leur « chez eux », et qu’ils en ont la responsabilité. A force de faire ce travail avec eux, d’ici à l’année prochaine je me sentirai moi aussi dans ce parc de L’Île-Saint-Denis, comme à la maison. On pari ? Mon dernier dollar.

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