Troisième séance: un premier inventaire d'oiseaux. Le 8 décembre 2022.

 ET LA LUMIÈRE FUT !


Nous nous sommes rapprochés du rougegorge qui aussitôt s’est rapproché de nous. A un mètre.

Moi: « Vous n’avez rien remarqué? » 

Un élève : « Monsieur Monsieur ! Il est pas rouge il est orange! »

« Bravo!  Mais encore ? »

Un autre élève : « Il veut nous attaquer, il est méchant… »

Moi: « Presque ! Les rougegorges sont très agressifs entre eux, c’est ce qui leur donne aussi le courage d’être si familiers et curieux. Ils sont malins. Ils savent qu’on a de la nourriture sur nous et qu’on laisse souvent tomber des miettes. »

Ainsi commença le tout premier inventaire des oiseaux du parc de l’île st Denis avec ma classe de cm1 de Samira Bellil en Aire Terrestre Educative - projet financé par l’OFB. Et leur maître, Antoine Guillermet. 



C’était hier matin, deux heures dans le froid humide, notre troisième séance ensemble. 

Avec du nouveau au menu: passées les leçons d’écologie sur l’interdépendance, entre le gui et la grive, le lierre et les merles, l’heure était à la « taxonomie », la reconnaissance et la « classification » des espèces, et l’évaluation de leurs niveaux d’abondance.

Des corneilles dans les arbres, des pies aussi, des mouettes dans les airs et sur les bords du fleuve, des perruches se gavant de graines d’érable, des mésanges et des merles dans les buissons et des pinsons dans le sous-bois. Des cormorans digérant leur poisson sur leurs perchoirs en bord de Seine. 

Un pic épeiche suivi du rarissime pic épeichette, son sosie en miniature. Tous deux inspectant les parties mortes des branches d’un bouleau, à la recherche de larves et autres « arthropodes ». 

L’occasion de faire remarquer comment chaque oiseau a sa propre « anatomie » sa propre forme et type de bec, et comment chaque « espèce » a des besoins très, très spécifiques pour assurer sa survie - comme par exemple, d’un certain type de nourriture, d’un certain type de vegetation où habiter, d’un HABITAT donc… d’un « éco…système ». 

Eco, du grec « oikos » qui signifie… « maison » ! 

Cerise sur le gâteau : Ce comptage d’oiseaux, soigneusement noté par une élève, c’était aussi l’occasion en transversale de parler d’un tas de concepts différents:  la différence entre un VERTÉBRÉ et un INVERTÉBRÉ, par exemple.

Ou de dessiner aux enfants un tas de croquis. De leur apprendre à voir et à reconnaître les LIENS qui unissent les éléments d’un paysage (qui est aussi le leur): comme les « chaînes alimentaires », ou les besoins pour la reproduction, comme ces trous dans les arbres, creusés par les pics eux-mêmes.



Du vocabulaire donc, un enrichissement à tous les niveaux pour ces futurs eco-citoyens, ces * jeunes naturalistes* en herbe. 

Pléonasme ! A quelques individus près je reste convaincu que les enfants sont naturellement, intuitivement doués de curiosité scientifique, ou exploratrice. 

Il suffit de leur ouvrir la porte et de les amener dehors pour que ce potentiel, outil héréditaire de notre bagage ancestral, fleurisse. 

D’une pierre deux coups: l’enfant voit le soleil et son esprit découvre la lumière.

« Monsieur monsieur ! Le pic, il vole pas! On dirait qu’il nage comme un dauphin, qu’il saute et qu’il rebondit ! »

C’est sans doute la plus belle description d’un vol ondulé que j’ai entendu de ma vie - et l’illustration parfaite pour dire à quel point j’aime mon métier.

A la semaine prochaine pour une quatrième séance :-)


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